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Changement de pays mais on conserve le cadre, nous sommes arrivés en Bolivie par le lac Titicaca en copropriété avec le Pérou, 3 minuscules heures de bus et nous voilà à Copacabana. Alors au grand désespoir de Corentin, pas de plage de sable blanc ni de brésilienne en maillot de bain mais le même lac et la cordillère royale à l’horizon. 

Après 2 jours à profiter du lac et une excursion à l’Isla Del Sol où un énorme orage a remplacé le lever de soleil paradisiaque que des amis nous avaient vendu, nous partons pour La Paz.

 

La Paz

 

La Paz a une géographie assez unique, initialement implantée à 3600m d’altitude dans une vallée, la ville s’est progressivement étendue sur les flancs des falaises environnantes pour atteindre le plateau d’El Alto à 4100m. Le meilleur moyen de parcourir la ville sans se fouler est donc d’emprunter l’un des nombreux téléphériques qui se baladent tranquillement au dessus de la ville.

Au delà d’être le meilleur lieux pour acheter des souvenirs andins (classiques) sur la globalité de la cordillère, de l’Équateur au Chili, La Paz est le point de départ de nombreux treks dans la cordillère royale toute proche. Sur-motivé par nos amis Gauthier et Louise que nous avions vus au Pérou, Corentin voulait tenter l’ascension du Huayna Potosi réputé un des sommets à 6000m les plus faciles au monde. Des français ravis de leur ascension rencontrés à l’auberge le confortent dans son envie. C’est donc un Corentin impatient et une Hélène dubitative/mitigée qui se présentent à l’agence des guides pour signer le contrat ainsi que la décharge de responsabilité et recevoir la liste des choses à prendre pour l’ascension, ça y est, plus de retour en arrière, Corentin est tout sourire, Hélène est plutôt mi-figue  mi-raisin (et re mi figue derrière …)

 

1er mai, nous récupérons notre attirail: chaussures, crampons, piolets, sous-vêtements techniques, gants pantalons de ski et autres sacs de couchage adaptés à -15, tout est prêté par l’agence, autant dire que tout est délicatement parfumé à la senteur chaussure de ski, supplément fin de saison. 

Nous partons en compagnie de Férouse, Agathe, Vanessa et Renauld, vers le 1er refuge. La première journée se passe bien, on grimpe à vide vers une cascade de glace, on s’entraine aux crampons et aux piolets, on s’acclimate aux 5000m, c’est ludique, on oublie l’épreuve à venir (enfin surtout Hélène). De retour au refuge, l’acclimatation continue à grand renforts de mate de coca, infusion de feuilles de coca bien connue dans le monde andin pour guérir le mal d’altitude mais qui a aussi des qualités diurétiques méconnues qui nous feront nous relever de nombreuses fois dans la nuit et le froid pour un vrai sommeil de qualité.

2 mai ascension au 2e refuge, avec les sacs pleins. Il fait beau, le chemin n’est pas trop technique, la vue est magnifique et le mal d’altitude ne se fait toujours pas sentir… Tout va bien on prend confiance pour le dernier jour. Arrivés vers 12h, on déjeune, sieste puis diner à 17h, on devra être d’attaque pour le réveil à 23h, on va donc se coucher à 18h avant les poules et le soleil.

La nuit est à la fois longue et courte ponctuée, comme la précédente et pour les mêmes raison, de sorties toilettes à l’extérieur du refuge, on attend le dernier moment quand vraiment la vessie est au bord du craquage pour s’habiller et sortir dans le froid des 5000m.

23h! Bran le bas de combat, tout le monde debout, on s’équipe, on s’harnache, on essaye d’avaler quelque chose mais l’estomac n’est pas super réceptif. On remplit les sacs d’eau, de boisson énergisante et de barres sucrées, et c’est parti!

On sort encordé par groupe de trois : deux alpinistes novices plus un guide, on est tout crampons dehors et on progresse dans la nuit noire et le vent. Devant nous serpentent les cordées précédentes telles des descentes au flambeau des moniteurs de ski dans nos alpes à nous, sauf que celles dont nous sommes témoins sont moins gracieuses remontent la pente et ne sentent pas le vin chaud.

Les premières heures se passent assez bien, la nuit est belle sous la voie lactée, les frontales à la file indienne balisent la voie, et notre guide Elio nous entraine au son de Despacito («  doucement  » en espagnol). C’est une nuit sans lune donc on progresse un peu à l’aveugle au milieu de masses noires imposantes et muettes. On poursuit à notre rythme, c’est-à-dire en se laissant doubler par la moitié de la terre. Pour faire original on monte toujours et les lumières de La Paz commencent à colorer les montagnes, et… franchement… c’est haut… Autant à 4000m la cascade de glace ça passe tout seul, autant à plus de 5300m, c’est pas la joie, surtout avec Elio qui tire sur la corde, parce que soit disant on avance pas assez vite… Au contraire de l’essoufflement qui lui se fait bien sentir, la fatigue aussi l’envie de redescendre au chaud (relatif) finir sa nuit. Puis vers 5400/5500 ce seront les nausées, le mal d’altitude s’immisce dans l’ascension. Au passage on perd deux acolytes sur l’autel du mal d’altitude qui redescendent au chaud, eux, chanceux. Mais Hélène renchérit et lâche un vomi magistral à 5900 m. 100m avant les exploits gastriques d’Hélène, notre corps était déjà en mode automatique : on en sentait plus nos pieds ou nos poumons, en revanche on sentait très bien notre tête et nos estomacs. On avance en regardant nos pieds à la manière de zombie, accueillant les maigres pauses en s’écroulant à quatre pattes comme après une longue apnée. Pourquoi on fait ça déjà ? Plus rien n’a vraiment d’importance, on sait juste qu’on doit avancer, toujours un peu plus, ne pas s’éloigner de la trace, ne pas laisser la corde se détendre, planter le piolet du bon côté de la pente, avancer au même rythme tous ensemble, encore et encore.

On est au plus mal mais la proximité du sommet nous donne un regain d’énergie. Le soleil fait rougeoyer la neige en se levant, on éteint nos lampes, les yeux rivés sur l’objectif et on continue.

6050m, on y est ! Le soleil embrase un paysage à 360 degrés, les montagnes de la cordillère royale, la Paz, le lac Titicaca…c’est l’euphorie de l’effort accompli couplé à la splendeur du paysage. On sait pourquoi on l’a fait. On s’exclame, on selfise, on admire, on reprend notre selfie et on repart. C’est pas tout mais les 1100m ne vont pas se descendre si facilement. Après 6h de lente montée, ce sont 3h de rude descente qui nous attendent, le jour étant levé on découvre la route empruntée pendant la nuit  ; un étroit sillon des traces précédentes serpente entre les crevasses sans fond. La descente s’éternise et les «  momentito por favor  » se multiplient pour reprendre du souffle mais on arrive enfin, totalement lessivés au refuge, la mine hagarde parait-il. On s’écroule sur les tables à bout de force et on avale difficilement un casse croute. Puis on range nos sacs avant d’entamer la dernière descente jusqu’au premier refuge ou nous attend la voiture. Autant dire qu’après 9h de marche la dernière heure dont la ½ dans les rochers verglacés ne nous fera pas que du bien. On a les jambes qui tremblent tout au long de la descente mais on s’accroche et ça passe. Arrivés dans la voiture tout le monde s’installe et succombe à la fatigue. Le retour à La Paz est pour le moins nébuleux. Arrivés à notre hôtel (parfaite la chambre au 5e étage sans ascenseur au passage) on pose nos affaires et on part chercher de quoi manger. On mange, on rentre, on s’écroule.

 

Sucre

Cette aventure mémorable accomplie, on prend la route de Sucre dans un n-ième bus de nuit (mais le plus confortable de tous) et on pose nos sacs à la Dolce Vita, une jolie auberge Franco-suisse où on se remettra de nos émotions. Sucre est une belle ville coloniale propice aux déambulations, on y passe quelques jours au ralenti avant de reprendre la route.

 

Potosi

Potosi est une ancienne ville minière fortement exploitée par les espagnols dès le XVe siècle. On lui doit notamment l’expression «  C’est le Pérou  » ainsi que la première inflation européenne. On est venus sur les conseils de voyageurs rencontrés à Sucre, qui nous conseillent fortement la visite de l’ancienne mine encore exploitée par des coopératives locales, c’est-à-dire encore à la main et un peu à la dynamite quand même. On descend donc accompagnés d’un ancien mineur qui nous apprend les us et coutumes dans la mine. A l’entrée se tient une statue du diable qui reçoit les offrandes reflétant les consommations des mineurs : des feuilles de coca en quantité, des cigarettes sans filtre et de l’alcool à 96 degré (oui oui, 96, c’est pour faire leur apéro le vendredi soir au fond de la mine, grosse ambiance…). C’est le fonctionnement du premier arrivé premier servi, les mines appartiennent à ceux qui les creusent et rien n’est automatisé. C’est donc un va et vient continu de brouettes pleines à craquer qui agite la mine autant que les sourdes explosions qu’on entend parfois. Notre guide nous fait éteindre nos lampes et on se retrouve dans l’obscurité la plus totale avec une sensation d’oppression peu agréable. On retourne à la lumière pour une bonne bouffée d’air pollué puis on profite des belles rues colorées de la ville avant de faire route plus au sud.

 

 

Tupiza-Uyuni

Tupiza est l’une des villes qui servent de point de départ aux excursions dans la région du Sud Lipez et dans le Salar de Uyuni. On Commence par là pour remonter vers Uyuni et faire un tour de 4 jours et non 3 au départ d’Uyuni mais aussi pour visiter les canyons autours de Tupiza. Une fois installés dans notre hôtel et remis de notre n+1 ième nuit en bus, on se prépare à des négociations musclées pour avoir le tour au meilleur prix. A l’hôtel on rencontre Rebecca, Fred et Laurent, à nous 5 on espère peser plus sur les négociations, on part donc ensembles à l’assaut des agences. Après quelques heures d’Allers-retours entre les différents bureaux, nous signons avec Alexandro Travel, pour 4 jours de voyage. Cette affaire rondement menée, nous partons découvrir le canyon avoisinant qui a l’avantage d’être accessible à pieds. Les 4 jours suivants seront intenses. On écarquille les yeux en permanence, chaque virage nous réserve une nouvelle surprise : Lamas, alpagas, Vigognes, flamand roses côté faune, déserts de sable, de sel, geysers, montagnes multicolores, lagunes vertes, rouges, noires ou blanches pour les paysages… Quand on croit avoir tout vu on découvre une nouvelle surprise à couper le souffle. L’immensité, la variété et la beauté des lieux traversés durant ces 4 jours seront au-delà de nos attentes. Si on avait à n’en citer qu’un seul, ce serait le Salar d’Uyuni, universellement connu et parcouru mais bien au-delà des maigres descriptions qu’on pourrait en faire. C’est une expérience assez unique et intrigante. Le panorama se compose uniquement du bleu du ciel et du blanc du sel, celui-ci crisse sous les pieds à la manière d’une couche de neige fraiche, les cristaux peuvent être gros comme des olives. Il y a comme un pavage hexagonal sur toute l’étendue immaculée, uniquement interrompue par les traces des 4×4 .Après un dernier détour pour voir le cimetière de trains d’Uyuni, on s’embarque vers le Chili et San Pedro de Atacama pour rejoindre les parents de Corentin.