L’Inde c’est dense, n’hésitez pas à prendre votre temps.

Notre périple Indien débute au Kazakhstan. En effet les vols directs Tachkent-Delhi même en cherchant bien, ça n’existe pas. Qu’à cela ne tienne, on fait escale à Almaty, ancienne capitale du Kazakhstan. Notre nuit dans ce charmant hôtel décrépi des années 50 face aux pistes d’atterrissage fut sans aucun doute le meilleur moment du voyage. Heureusement il nous restait un saucisson rapporté par Pierre pour égayer la soirée. Nous décollons aux aurores pour Delhi et atterrissons en fin de matinée dans la moiteur et la pollution de la capitale. Si l‘Ouzbékistan se caractérisait globalement par la propreté et le calme, là c’est le choc des cultures. Le bruit, les odeurs, les couleurs, l’activité grouillante, les vaches, les motos, les ordures… L’Inde n’est pas un pays calme et après 8 mois de fatigue accumulée on a mis un peu de temps à s’habituer.

Heureusement pour nous Gaëlle, une ancienne coloc d’Hélène nous a rejoints pour les deux premières semaines dans le Rajasthan. Son énergie, sa bonne humeur et sa connaissance du pays ont bien favorisé notre acclimatation.

 

 

On a parcouru le nord de l’Inde en presque 4 semaines : (Delhi-) – Udaipur – Jodhpur – Jaisalmer – Jaipur – Bundi – Varanasi – Agra – Amritsar – Delhi.

[L’album photo]

 

DELHI – UDAIPUR

Pour arriver à Udaipur et rejoindre Gaëlle nous avons pris notre premier train de nuit Indien. Si l’inde nous a appris un truc c’est : la ponctualité des trains… franchement… c’est surfait. Pourquoi partir à l’heure quand on peut profiter 12h du confort de la gare ? Bon la gare déjà. A elle seule tout un poème. Comme les trains ont des horaires tout à fait relatifs, les indiens arrivent avec de quoi poireauter le temps qu’il faudra. On commence donc par installer une grande couverture par terre, ensuite on sort du riz des nans du curry (original), les thermos de chai (le thé au lait indien épicé et délicieux) et on prend son mal en patience. Les gares sont bondées, s’y côtoient voyageurs de toute l’Inde, mendiants, chiens errants, vaches, cochons parfois, autant dire qu’on ne savait pas vraiment de quoi serait faite notre nuit dans le train. Au final si on fait abstraction des secousses, des nombreux arrêts du train et allers-retours des passagers, ben on a à peu près dormi. On est arrivé au petit matin un peu dans le gaz, on a fièrement négocié notre tuktuk comme si on était des pros du pays et on a rejoint Gaëlle. Si on considère que notre transit a commencé au départ de Tachkent, on arrive à Udaipur après environ 48h de voyage, notre énergie est donc assez limitée. On fête nos retrouvailles, on se ballade un peu mais on ne force pas.

 

UDAIPUR

Udaipur est sur une colline et donne sur deux lacs artificiels. Pour nous, ça a surtout été une bonne introduction pour la suite. Pas trop de monde (à l’échelle de l’Inde hein), pas trop de choses à voir, pas trop de trucs choquants, non, c’était plutôt une bonne étape. On se balade et rattrape le temps perdu avec Gaëlle, Hélène a retrouvé sa copine et en profite donc pour faire du henné, tout le monde est content. On reste admirer le coucher de soleil sur le lac, le palais d’Udaipur rougeoie et se reflète dans l’eau. A la nuit tombée des chauves-souris qu’on avait d’abord pris pour des oiseaux sortent de leurs nids. Si elles sont impressionnantes par la taille et le nombre, elles sont inoffensives, et on observe juste un beau ballet aérien quand elles vont boire l’eau du lac en piquant vers la surface placide de l’eau.

 

JODHPUR

Un petit bus de fin de journée quasi-rapide et nous voici à Jodhpur. Jodhpur est surnommée la ville bleue. On la voit souvent dans les photoreportages à cause du bleu indigo dont est paré tout un quartier. C’est le quartier des Brahmanes, la caste supérieure, et le bleu marque l’appartenance des habitants à cette caste. L’endroit est calme et agréable à parcourir, le bleu lui donne une belle unité. Malgré tout on a mis fin à notre escapade après s’être fait violement aboyer dessus par des chiens errants. Hors du quartier par contre la multitude des couleurs reprend ses droits. A Jodhpur on a également visité le palais local qui domine toute la ville du haut de sa falaise. Moins bondé que celui d’Udaipur on a plus profité malgré une chaleur écrasante. Comme à Udaipur on a apprécié les rooftops. On est aussi descendus dans un stepwell, un énorme puits carré composé d’une multitude d’escaliers qui permettent de descendre chercher l’eau et qui est plus ou moins rempli selon les saisons (donc plutôt sec pour nous). Par leur architecture géométrique, ces lieux sont très photogéniques et ont fait la joie de la photographe. Comme ils étaient vides il fallait une présence pour meubler les photos, nos charmants modèles Gaëlle et Corentin se sont prêtés au jeu de bonne grâce : un peu plus bas, un peu plus à gauche, aie l’air naturel…

 

JAISALMER

Deuxième train de nuit et nous voici à Jaisalmer la ville du désert. La vieille ville est dans la forteresse et domine les alentours. On a aimé y déambuler entre les temples Jains et les vieux hôtels. La pierre locale est jaune ce qui donne une ambiance très chaleureuse et accueillante. Jaisalmer ne serait pas digne du Rajasthan si on ne pouvait y visiter son palais. Bon : 1 palais, 2 palais, 3 palais… On se lasse un peu mais celui-ci, par sa pierre jaune et ses fines gravures, était sympa. Pour bien finir une journée à Jaisalmer, on profite des derniers rayons du soleil sur le toit d’un restaurant pour apprécier les changements de couleurs du désert.

 

JAIPUR

Et encore un train de nuit, pour arriver à Jaipur celui-là. Jaipur est beaucoup plus grande que les précédentes villes c’est la capitale du Rajasthan et on le sent tout de suite. On y a fait de belles visites mais ce n’est pas une ville particulièrement agréable. Le mondialement connu palais des vents vaut le détour (surtout sa façade en fait), le fort d’Amber aussi et la vieille ville entièrement rose au centre de laquelle est érigé le palais (encore un mais de loin pas le plus beau) a une belle unité. On notera aussi l’observatoire du Jantar Mantar, où les instruments colossaux avaient, à l’époque, permis aux scientifiques locaux de mesurer, entre autre, les périodes de révolution des astres avec des précisions plus qu’honorables. Ces gros instruments faits de briques sont très graphiques car ils sont gradués de part et d’autre pour la précision des mesures. A part ça la pollution était à son apogée, la chaleur difficilement supportable mais le marché était très bien fourni. On y a quand même bu le deuxième meilleur lassi (boisson sucrée ou salée à base de lait, pas vraiment un yaourt liquide mais pas non plus de la crème fraiche, originale et délicieuse) du voyage et ce n’est pas rien.

 

BUNDI

Tout petit bus de jour pour arriver à Bundi. On aurait presque trouvé le voyage reposant si notre chauffeur n’avait pas klaxonné en continu pendant 6h. Bundi c’est petit et c’est joli. On s’y est reposé, on a visité notre n-ième palais, il est couplé à un fort abandonné et c’est ça qui rend sa visite sympa. Sans compter des différentes colonies de singes (le routard disait de se munir d’un bâton pour les repousser s’ils devenaient trop insistants… nous ils nous ont laissé tranquille) on était seuls au milieu des ruines du fort qui surplombe la ville. Certaines pièces étaient très délabrées mais dans d’autres il restait des fresques dont les couleurs flash tranchaient avec l’abandon du lieu et donnaient un côté quasi mystique à cette visite. A Bundi aussi il y avait des stepwells, rebelote session de photos. Heureusement, on n’a vu qu’à la fin l’énorme nid de frelons qui s’était établi dans un coin.

 

BUNDI – VARANASI

C’est à Bundi qu’on se sépare de Gaëlle, ou plus précisément à Kota. Il n’y a pas de trains à Bundi donc on part ensembles à Kota attraper nos trains respectifs. Notre train pour Varanasi est à 14h et celui de Gaëlle à 17h, on arrive à la gare à 12h30 pour avoir le temps de déjeuner, tout va bien. Et là c’est le début du voyage sans fin. A 14h le train est décalé à 20h, celui de Gaëlle à 18h. Quand on lui dit au revoir, notre train affiche alors 21h30, et commencent les décalages sans fin. Toutes les demi-heures 5 min avant l’arrivée théorique du train, l’horaire de celui-ci est décalé d’une nouvelle demi-heure. Si le décalage initial à 20h avait un peu entamé les nerfs d’Hélène, l’attente infinie la désespère tellement que le calme l’emporte. Après une résignation totale de notre part, le train entre en gare à 2h30 du matin. On embarque et on se couche lessivés. Mais ce n’est pas fini ! Le train devait mettre 21h, on avait fait pire mais c’était déjà pas mal. Et bien il semblerait que le conducteur ait décidé de nous aider à battre notre record de train : il nous a fait profiter de 10h supplémentaires de trajet. Joie. Si vous avez bien calculé on arrive à Varanasi avec 22h de retard et après 31h de voyage, la SNCF a du boulot pour nous impressionner.

 

VARANASI

Complètement décalqués, on négocie sans rien lâcher notre tuktuk pour le centre-ville. Par contre on libère le budget pour se payer une auberge plus que correcte, après deux nuits dans le train on choisit le confort. Varanasi est une ville particulière car, située sur le Gange, c’est ici que les hindous viennent se faire incinérer. Mourir à Varanasi assure à l’intéressé la fin du cycle des réincarnations. La religion est omniprésente mais plutôt façon «  autoroute de la religion  » que «  calme et sérénité  ». C’est aussi un commerce lucratif et ça vend à tout va : encens, fleurs, colliers Vishnu, bracelets Shiva, Ganesh en bronze et poudres multicolores pour les cérémonies. Sobriété ? Non, Kitch ! En tout cas la ville est vivante et c’est agréable. La ville se déploie le long de la rive nord du Gange et pour accéder au fleuve l’ensemble de la rive est aménagé de marches en haut desquelles débouchent toutes les ruelles. Les marches sont très animées: dès le matin les hindous font leurs ablutions, les lavandiers leur lessive. Puis viennent les vendeurs, de nourriture, de chai, de souvenirs, d’offrandes, de drogue… Les jeunes jouent au cricket, les touristes déambulent en observant les sâdhus pratiquer la religion à leur manière insolite. Le soir tout le monde se réunit pour une dernière célébration avant la nuit. Au milieu de tout ça des ghâts de crémation plus ou moins importants sont installés et les cérémonies, qui ont lieu du matin au soir, font partie intégrante de la vie. On s’est promené pour s’imprégner de l’ambiance unique, on a fait le tour en bateau pour découvrir la ville depuis le fleuve et on a dégusté le meilleur lhassi du voyage au Blue Lhassi.

 

VARANASI – AGRA

Forts de notre expérience du trajet précédent, on surveille activement le statut de notre train sur le site dédié. On accueille donc sa suppression sans grande surprise et on réagit rapidement pour réserver un bus de nuit pour Agra. Vu qu’il n’y avait vraiment aucun train on se rassure en se disant qu’on n’avait pas le choix. Arrivés à l’heure à la «  gare de bus  » qui s’avère être le parking d’une station-service au service douteux, on apprend que notre bus a eu un accident. La compagnie a donc affrété un bus pas de nuit (assis et non inclinable) pour rejoindre la ville suivante : Allahabad, là on y récupèrera un bus de nuit pour Agra. Bon, ça commence mal mais au moins ils ont l’air d’avoir une solution de secours. Encore «  bon ! » le bus est pourri mais si ce n’est que pour 2h on va prendre sur nous. On embarque donc dans un bus miteux dont les ouvertures de la clim sont cassées et nous pulsent de l’air à 15 degrés dans la face en se rassurant de ne pas être les seuls touristes. Arrivés grosso modo dans les temps à Allahabad (vers 23h) on remarque que le chauffeur tourne en rond, fait demi-tour et demande son chemin. Visiblement il ne connaît pas la ville et ne sait pas où retrouver le bus de nuit qui doit prendre le relais. Après moult coups de téléphones et tours de rondpoint il finit par se garer sur le bord d’une route et attendre. On est dans la banlieue d’Allahabad, les rues sont désertes. Après une attente qu’on aurait pu craindre plus longue, notre bus arrive et se gare de l’autre côté de la chaussée. Et là ! Etonnement… incrédulité plutôt ! Notre bus n’est autre que celui qui a eu l’accident ! Le pare choc a disparu, la vitre brisée a été remplacée par une planche de bois, le pare-brise scotché, mais il roule encore, où est le problème ? On hésite, mais face à la multitude d’alternatives on monte dans le bus, pas au top de notre sérénité. Si aujourd’hui on vous écrit ces lignes c’est bien que le bus n’a pas eu de deuxième accident, on a même plutôt pas mal dormi car c’est le seul bus de tout notre voyage où on était à 100% allongés.

 

AGRA

A part le Taj Mahal il n’y a pas grand-chose à voir à Agra, mais le monument, incontournable, ne peut justement être contourné. On a donc fait un arrêt express. On a commencé par le fort rouge qui est assez beau, ensuite on a visité ce que les rabatteurs appellent le «  baby Taj  » plus petit mais plus fin et le lendemain matin on a fini en beauté au Taj Mahal. Le fort rouge et le Taj Mahal ont été construits par Shah Jahan 5e empereur Moghol. On vous précise cette info parce que le premier empereur Moghol, le Grand Moghol Babur qui a fui en Inde au 17e, était un descendant de Tamerlan, le tyran Ouzbèque. On a donc découvert que notre voyage était super cohérent et on a affectivement remarqué des similitudes architecturales à certains endroits du palais. Blague à part, le Taj Mahal par ses proportions et sa finesse ne nous a pas laissé indifférents, certains étaient à 2 doigts de verser une larme.

 

AMRITSAR

Amritsar est la ville sainte de la religion Sikh, pas d’anecdote sur notre trajet, on a épuisé notre quota de poisse et on est arrivé sans encombres, une fois de temps en temps ça ne fait pas de mal. Le centre-ville est entièrement refait, très propret, un peu façon Disney. En d’autres temps on aurait déploré le manque d’authenticité mais après 3 semaines de saleté intense on ne s’en plaint pas. Au centre de la ville se trouve le temple sikh. C’est un énorme complexe tout blanc qui encercle un très grand bassin carré (le nectar, eau d’immortalité). Au centre du bassin trône le temple d’or qui renferme le livre sacré des sikhs. Bien que sacré, le lieu est ouvert à tous, c’est même le fondement de sa conception: 4 entrées pour symboliser l’ouverture au monde et aux autres religions et accueillir des pèlerins des 4 coins du globe. Seules conditions à respecter: se couvrir les cheveux (hommes et femmes) et marcher pieds nus. Le temple est en perpétuelle effervescence, les croyants viennent de toute l’inde pour faire leurs ablutions et se recueillir au temple. On a beaucoup aimé marcher dans le temple, les gens y sont très souriants et les turbans multicolores égayent le bâtiment blanc qui forme l’enceinte. La tenue traditionnelle sikh et en particulier le turban a conquis Corentin qui n’a pas hésité à s’en faire faire un. Gros succès ! Les compliments de la part des indiens ont plu toute la journée, ils étaient plutôt très flattés qu’un touriste adopte leur tenue.

La deuxième activité touristique d’Amritsar réside dans sa proximité avec la frontière Pakistanaise. En effet les militaires des deux pays, qui doivent en avoir marre de se regarder dans le blanc des yeux toute la journée, s’affrontent chaque soir dans un concours hors du commun. Les résidents frontaliers et les touristes viennent les encourager de chaque côté de la frontière ce qui donne lieu à un événement qui vaut le détour. Pour vous donner une idée : deux arènes en demi-cercle se font face, elles sont séparées par la frontière. La frontière est un grand mur avec des barbelés. Perpendiculairement à la frontière passe une route qui traverse les arènes et relie les deux pays. Cette route ferme pour la nuit par un grand portail. Une heure avant le coucher du soleil les festivités commencent : un chauffeur de salle (enfin d’arène pour notre cas) fait monter l’ambiance, les militaires s’affrontent à grand renfort de lever de jambe ou de hurlements et la foule les encourage quand elle n’est pas en train de huer les adversaires. Bref on se croirait à un match de foot. Au coucher du soleil les militaires descendent le drapeau et ferment la frontière.

 

DELHI

Une fois de plus un trajet sans encombres, mais que se passe-t-il ? Delhi est une ville très étendue, bruyante et polluée, elle n’est pas très agréable à parcourir. Néanmoins quelques monuments valent le détour. On a donc fait la tournée des mausolées : Humayun, Safdarjung, Isa Khan… moins impressionnants que le Taj Mahal mais vraiment beaux, ils sont souvent situés dans des parcs qui permettent de se couper du bouillonnement qui règne à l’extérieur et qui les rend d’autant plus agréables à visiter.

Après presque un mois très intense on a finalement embarqué un beau matin de novembre pour le Népal.